Close
Paris en Bleu et Or

Paris en Bleu et Or

Vendredi, pour leur toute première session d’automne, Les Croqueuses se sont retrouvées gare de Lyon, dans le 12ème arrondissement. Un rendez-vous dans une gare ? Allions-nous partir en voyage ? Eh bien… oui. Un voyage dans le temps. Car, monter dans ce train-là, dont la voie n’est jamais annoncée mais qui domine tous les quais du Hall 1, c’est partir à l’envers et retourner au Paris de la Belle Époque.

Le Train Bleu, superbe restaurant pourtant très sobrement nommé « le buffet de la gare » jusqu’en 1963, est né grâce à l’Exposition Universelle de 1900. Avec le métro, les Grand et Petit Palais, le Pont Alexandre III ou la gare d’Orsay – devenue depuis le beau musée que l’on sait. Mais, pas de jaloux : Jean Cocteau, grand habitué du restaurant, le décrivait justement comme un musée. Difficile de lui donner tort !

Dès la porte tambour passée, on est ébloui par la richesse du décor. Murs et plafonds sculptés, toiles peintes, lustres et mobilier… tout dans la Grande Salle (dite Réjane) ou chacun des Salons (Doré à droite et Orientaux à gauche) est une invitation au voyage à travers la France jusque sur l’autre rive de la Méditerranée. Commandées par le PLM (la Compagnie du chemin de fer Paris-Lyon-Marseille), les 41 toiles représentent les villes du réseau ferroviaire. Bien que réalisées par 27 peintres différents – des « petits maîtres » comme l’on disait alors, souvent originaires des lieux représentés – ces œuvres ont en commun de rendre hommage à la lumière éclatante du Sud. Plus prestigieux, François Flameng (1856-1923) et Guillaume Dubufe (1853-1909), se voient confier les allégories de Paris et Lyon dans la Salle Réjane ; tandis qu’au plafond du Salon Doré, Henri Gervex (1852-1929) peint Nice, la Guerre des Fleurs. Ces trois artistes sont des habitués des grands chantiers de l’époque : la Comédie française, l’Opéra comique, l’Hôtel de Ville ou encore la Sorbonne… Et dire que tout cela faillit disparaître dans les années 60 !

Finalement classé « Monument Historique » en 1972, grâce à l’intervention d’André Malraux et du cinéaste René Clair notamment, ce témoignage grandiose du Paris de la Belle Époque échappe définitivement à la démolition. Le Train Bleu – en référence au train de luxe, bleu et or, qui desservait la Côte d’Azur – devient un mythe. Pour preuve, ces nombreux films où il est à l’honneur : La Maman et la Putain (Jean Eustache, 1973), Nikita (Luc Besson, 1990), Place Vendôme (Nicole Garcia, 1998), Filles uniques (Pierre Jolivet, 2003), Les Vacances de Mr Bean (Steve Bendelack, 2007), Micmacs à tire-larigot (Jean-Pierre Jeunet, 2009)… Et depuis, rénové, il a encore embelli.

Ouf, quel curriculum ! Les Croqueuses vont devoir l’oublier un peu avant d’oser dégainer leurs crayons. D’ailleurs, nous commençons plutôt par saisir nos fourchettes. En version sucrée ou salée, nos petits-déjeuners complets (24,50 €) se révèlent à la hauteur du lieu mais aussi de l’accueil, plein d’attention. Les œufs brouillés au saumon sont fondants, les tartines et viennoiseries délicieuses, la brioche aux pralines à la fois moelleuse et croquante, les jus et salade de fruits – comme la faisselle et son coulis – tout frais… Bref, un régal. Ce menu raffiné n’en est pas moins copieux : nous avions dans nos sacs un pique-nique pour le midi, que nous ne sortirons pas avant 17 heures.

Allez, assez croqué. Croquons maintenant ! À l’aquarelle ou aux crayons, nous avons tenté de rendre la richesse du décor et ses belles perspectives tracées par des rangées de tables, si impeccablement dressées. Mais nos photographies (et tout bientôt la vidéo) ne seront pas de trop pour compléter la visite.

Les Croqueuses remercient chaleureusement le personnel, en particulier Mme Isabelle Chasselin, pour sa confiance et sa disponibilité. Nous ne pouvons que vous encourager à vous offrir – le temps d’un thé délicatement parfumé ou plus si affinités – un voyage vers la Belle Époque, à bord de ce train magique…

{ POST-SCRIPTUM }

À noter, pour les petits curieux qui cumulent (!) gourmandise et passion des transports ferroviaires, l’existence d’un autre restaurant étonnant : Le Wagon Bleu, installé dans une voiture du mythique Orient-Express. Il vous attend juste au-dessus des voies de la gare Saint-Lazare, au 7 de la rue Boursault. De taille et d’allure évidemment plus modeste, c’est un établissement plein de charme, festif à ses heures et qui sert une excellente cuisine corse. (L’une des Croqueuses a testé. Eh oui, la vie est dure… ^^)

*

Une tarte à la Halle

Une tarte à la Halle

Pour déjeuner à Montmartre, le café de la Halle Saint-Pierre (haut lieu de l’art brut/outsider/singulier) est idéal. Ses assiettes sont généreuses : une belle part de tarte, accompagnée de deux salades composées, vous coûtera 10€. Et pour 3 ou 4 de plus, le choix des desserts est… embarrassant ! Amandine aux framboises, crème citron meringuée, tartelette aux figues et pistache, ils sont tous assez tentants. Ajoutez un endroit spacieux, tranquille, où les yeux et l’esprit peuvent aussi se nourrir – à l’exposition ou la librairie. Qui dit mieux ?

Une fois nos batteries (et celles de nos crayons) 100% rechargées, nous reprenons la séance de croquis – en extérieur, cette fois.

Paris, c’est coton !

Paris, c’est coton !

Mais pas seulement  🙂 car dans le quartier du Marché Saint-Pierre, on trouve toutes les matières textiles : de la suédine à la soie, du Bemberg au velboa, de l’uni aux imprimés – liberty, léopard ou rayé. Bref, ce matin, nous allons croquer dans un magasin.

Comment se glisser parmi les clients, où s’installer pour dessiner à l’aise sans gêner l’activité autour ? Plusieurs tactiques sont possibles. Nous avons d’abord pensé appeler pour prévenir et demander l’autorisation. Mais l’ambiance générale étant ce qu’elle est, nous avons craint de n’être pas comprises, de susciter la méfiance et de nous retrouver finalement dans l’impossibilité d’entrer. Nous avons donc préféré y aller au culot et voir venir les réactions…

Chacune de nous a opéré à sa façon. Véronique a opté pour la discrétion, dénichant un endroit tranquille au rayon des nappes à carreaux et autres toiles cirées rétro – personne à déranger ! Fabienne a craqué pour les Toiles de Jouy et la vue sur tout l’étage que celles-ci lui offraient. Polie, elle demanda la permission de dessiner au vendeur le plus proche, qui s’avéra être lui-même un toqué du crayon ! « Quand je n’ai pas de client, je dessine au dos de mon carnet de commande. Le magasin, je le connais par cœur et pourrais le croquer les yeux fermés. » Ses collègues vinrent, l’un après l’autre, jeter quelques coups d’œil histoire de surveiller l’avancée du dessin et la justesse de la perspective – coton, celle-là, pour le coup ! Quant à Aurélie, elle a débusqué le meilleur des plans : nous l’avons retrouvée au tout dernier étage, dans une ambiance douce et feutrée, assise sur le plus confortable des matelas, profitant d’une vue imprenable sur (les palmiers de la terrasse et) le Sacré-Cœur – sacrée Aurélie, oui !

Les Croqueuses remercient chaleureusement les vendeurs très aimables qui les ont accueillies et encouragent les mordus de couture à venir se fournir auprès d’eux – promis, on vous donnera des nouvelles du (futur) sac en Toile de Jouy de Fabienne.  😉

Et si vous n’êtes pas intéressés par les tissus, montez direct au 5ème étage : vue splendide garantie !

Paris, je t’aime ♥

Paris, je t’aime ♥

Avant de commencer notre journée de Croqueuses, nous nous retrouvons au Métro Abbesses, dans un lieu poétique, devant le Mur des Je t’aime. En ces temps difficiles, qui n’a pas besoin d’amour ? Frédéric Baron présente son œuvre ainsi :

Dans un monde marqué par la violence, dominé par l’individualisme, les murs, comme les frontières, ont généralement pour fonction de diviser, de séparer les peuples, de se protéger de l’autre. Le mur des je t’aime est au contraire, un trait d’union, un lieu de réconciliation, un miroir qui renvoie une image d’amour et de paix.

Nous, nous déclarons notre flamme à Paris et aux Parisiens, d’un jour ou de toujours… et grimpons à Montmartre !

Paris, c’est Panoramique !

Paris, c’est Panoramique !

Ce soir, notre petit rendez-vous est un peu spécial. Très exceptionnellement, il n’a pas lieu dans un endroit public mais chez l’une d’entre nous, qui déménage bientôt.

Il faut dire que c’est au Métro Télégraphe, l’un des points culminants de la capitale, sur la colline de Belleville – on pourrait même y faire un trek urbain ! Bref, de chez elle on voit tout Paris. (La première fois que j’y suis allée, je ne décollais plus de la fenêtre !) Pas question de quitter cet endroit sans le partager avec Les Croqueuses.

Et puis, vous nous connaissez maintenant : pas question non plus de manquer une occasion de se régaler, une fois les crayons rangés ! Notre hôte partage volontiers ses recettes et celle-ci n’est pas compliquée. Il s’agit d’une salade composée de cœur de laitue, tomate noire, concombre, avocat, mozzarella, poulet pané (maison), basilic, oignon nouveau, noix de cajou, huile d’olive, crème balsamique… Bon appétit !

Un Paris très Orthodoxe

Un Paris très Orthodoxe

Au cœur du XIXème arrondissement, tout près des Buttes Chaumont, au numéro 93 de la rue de Crimée, se trouve le très officiel Institut de Théologie Orthodoxe Saint-Serge de Radonège et son église étonnante. Ancienne paroisse protestante à l’abandon, elle est acquise le 18 juillet 1924, jour de la Saint Serge, par l’Église orthodoxe. (Jusqu’à la Première Guerre mondiale, elle accueillait de nombreux émigrés allemands qui laissèrent place, après la Révolution de 1917, aux réfugiés russes arrivés à Paris.)

On y trouve également une librairie religieuse, mais surtout une bibliothèque faisant référence, avec un fonds de plus de 35 000 volumes en russe, français, grec, serbe, allemand et anglais.

De la rue, on ne devine rien. Seul un symbole couronnant le portail peut confirmer au visiteur un peu curieux qu’il est bien arrivé. Passée la première courette en longueur, on entre dans un véritable îlot de verdure. Au centre, émerge des arbres cette architecture pleine de charme, ornée de bois coloré. Les peintures, à l’intérieur, sont l’œuvre du peintre russe Dmitri Semionovitch Stelletsky.

Lors de notre séance, le Pope – Milan, de son prénom – fera son apparition, visiblement ravi de nous trouver concentrées sur nos croquis, les oreilles disponibles pour le récit de cette histoire !

La Campagne est à Paris !

La Campagne est à Paris !

Après notre balade au cimetière, nous filons à « La Campagne » – et ça tombe bien, c’est tout près ! Suffit de sortir côté Place Gambetta, de descendre la rue Belgrand (du nom de l’inventeur des égouts de Paris) direction Porte de Bagnolet. Au bout, remonter la rue Géo Chavez (aventurier malheureux de l’aéronautique) sur quelques mètres : un escalier digne de ses cousins montmartrois s’offre à vos petits mollets. Allez, encore un effort, ce que vous allez découvrir là-haut vaut le coup.

Le quartier de « La Campagne à Paris » est située sur une ancienne carrière de gypse, comblée par les gravats des percées haussmaniennes. Sur l’impulsion du pasteur Sully Lombard, un lotissement coopératif de 92 pavillons y a poussé entre 1908 et 1928. Il s’agissait alors de permettre aux ménages à revenu modeste d’accéder à la propriété – mieux vaut ne pas penser au prix de ces maisons désormais…

Mais, puisque flâner le nez en l’air dans ces rues hors du temps ne coûte rien, ne boudons pas notre plaisir et sortons nos crayons. D’ailleurs, les riverains que nous y croiserons se montreront fort sympathiques à notre égard, l’une d’entre eux nous offrant même, sous ce soleil cuisant, chacune un verre de menthe à l’eau glacée ! Elle est pas belle, la vie de Croqueuse de Paris ?

RADIO-CROQUEUSES !