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Quand Paris bat Pavillon sur les Canaux…

Quand Paris bat Pavillon sur les Canaux…

…c’est bon, c’est beau, c’est drôlement réussi !

Dix heures, 39 quai de la Loire, 19ème arrondissement. Ciel gris, pavés luisants, clapotis et cormorans : nous sommes au bord du bassin de la Villette, le plus grand plan d’eau artificiel de la capitale. Celui-ci, autrefois réserve d’eau potable, relie les canaux parisiens situés en amont (Ourcq / 67 km et Saint-Denis / 8 km) au canal en aval (Saint-Martin / 4,5 km) qui rejoint la Seine au bassin de l’Arsenal – nous l’avions croqué l’an dernier.

Eh bien, Mesdames Messieurs, c’est ici-même, en attendant le retour des beaux jours et l’ouverture tant espérée d’un lieu de baignade en plein air, que Les Croqueuses vous ont déniché l’endroit idéal pour se retrouver entre amis par un pluvieux matin d’hiver. Idéal pour se réchauffer d’un thé, d’un café, d’un chocolat… ou de couleurs vitaminées. Idéal pour travailler tranquille, dans un coin de salon cosy, un cookie à portée de main. Bref, idéal pour « croquer » !

Comme son pendant plus vaste et en pleine mutation, situé en face côté Rotonde, ce pavillon fut longtemps dédié à la gestion des canaux. Bureaux en bas, logement de fonction à l’étage. Désaffecté, il a d’abord été rénové par l’Office Parisien d’Architecture, pour être ensuite mis en scène et géré par Sinny & Ooko. (Tiens, ce nom nous disait quelque chose… Normal, nous les avions déjà croisés ici, un de leurs anciens lieux.) Le choix de conserver l’aspect « maison » du bâtiment originel – en gardant notamment la cuisine et la salle de bains en haut – donne au Pavillon des Canaux toute sa personnalité : le résultat est vraiment séduisant.

Assez vite, chacune d’entre nous a choisi « sa » pièce. L’accueil (et Lucas-le-baristar) pour Anne, le bureau (et la lampe trop chouette) pour Fabienne, la cuisine (so vintage) pour Véronique et la chambre (si romantique) pour Aurélie. Quant à notre invitée du jour, elle préféra la salle de bains. Et c’est ainsi que notre amie Jeanne B. de Sainte-Marie – que nous vous présenterons dans la note suivante – eut l’honneur et le privilège de pouvoir s’installer, et croquer, dans la nouvelle baignoire la plus célèbre de Paris ! (Faut avouer que la précédente, celle de Marat, était nettement moins engageante… ^^)

Au fil de la journée, l’ambiance évoluera. Car la sympathique maisonnée ne manque ni d’idées ni de talent. Jetez un œil à leur programmation, foisonnante : yoga, coiffure, œnologie, musique, tricot, expositions, rencontres… sans parler du menu. Comment (et pourquoi, surtout) résister à toutes ces tentations ? Foncez !

Un mot encore, avant de laisser nos images vous y inviter avec enthousiasme : un grand MERCI à l’équipe du Pavillon pour son accueil, sa confiance… et ses délicieux gâteaux !

Paris est un Jardin tropical

Paris est un Jardin tropical

Sans doute connaissez-vous le Bois de Vincennes – l’autre poumon vert de Paris, le pendant du Bois de Boulogne côté Est de la capitale. On y va pour le Zoo, le Parc Floral ou encore l’Hippodrome… mais savez-vous qu’on peut aussi s’y perdre dans une petite « jungle » où d’anciens pavillons exotiques semblent s’être peu à peu figés sous la mousse ? Venez, nous allons visiter le Jardin d’Agronomie Tropicale de Paris.

DUR PASSÉ

Lieu de promenade ouvert à tous à la pointe la plus orientale du Bois, l’endroit porte la marque d’une histoire plutôt lourde – un passé en forme de passif… Créé à la fin du XIXe siècle pour étudier les plantes cultivables Outre-mer, le jardin fut en effet choisi en 1907 pour accueillir la première Exposition coloniale organisée à Paris.

On le divise alors en deux parties principales, africaine et asiatique, de part et d’autre de l’allée centrale. Des pavillons sont construits qui demeurent aujourd’hui, parfois en très mauvais état ; d’autres ont été détruits. Des villages traditionnels congolais, indochinois, malgache et kanak y sont reconstitués, ainsi qu’une ferme soudanaise et un campement touareg. Des « autochtones » y tiennent leur propre rôle pour le public français en quête d’exotisme. On n’est pas loin du « zoo humain »… Et c’est un gros succès : de mai à octobre, deux millions de visiteurs viendront voir à quoi ressemble la vie « aux colonies ». D’ailleurs, l’idée n’est pas seulement d’en montrer un aperçu, mais bien de faire envie. Car à l’époque, on manque de cadres administratifs et l’État espère, par cette opération, recruter des volontaires pour partir s’installer là-bas.

Quelques éléments sont antérieurs à 1907. Ainsi les serres des deux marques de chocolat et de café Menier et Hamel furent-elles remontées au Jardin d’agronomie tropicale à l’issue de l’Exposition universelle de 1900. Tout comme le fut la porte chinoise en bois rouge après l’Exposition universelle de 1906, où elle était exposée sous la verrière du Grand Palais. D’autres monuments, notamment mémoriels, sont au contraire plus récents – par exemple, le stûpa dédié aux soldats cambodgiens et laotiens morts pour la France. Car le lieu porte aussi l’empreinte de la Première guerre mondiale, durant laquelle fut installé l’hôpital des troupes coloniales et construite la toute première mosquée de France métropolitaine… Si le sujet vous intéresse, nous vous conseillons ce superbe documentaire signé Françoise Poulin Jacob.

VERT L’AVENIR

Mais ce lieu de mémoire, hanté par la guerre et la colonisation, porte aussi le beau nom de René Dumont, premier penseur français de l’écologie politique. Et on y travaille à l’avenir, avec les CIRED (Centre International de Recherche sur l’Environnement et le Développement) et CIRAD (Centre de coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement)…

Mais le présent est bien là, lui aussi. Grâce, notamment, à l‘association V’île Fertile. Ses ambitions sont plus locales : micro-ferme maraîchère associative, elle produit des légumes frais, sains et décarbonés, en tirant partie des ressources organiques de la ville pour les vendre au détail, sur place.

Vous le savez, Les Croqueuses vivent au présent elles aussi, bien décidées à profiter de ces instants d’amitié partagée – crayons, pinceaux et carnets à la main. Alors, ce matin-là, nous avons traversé le Bois de Vincennes ensemble, croisé les oies bernaches et la police montée, poussé la petite porte verte du Jardin d’Agronomie Tropicale et nous sommes laissées avaler par cette fausse « jungle » pleine de fantômes et de jolies surprises…

CARPE DIEM

Qui penserait voir, ici, à Paris, des couples de perroquets verts s’envoler de branches en branches ? Alors que nous traversons le jardin en quête d’un endroit propice au dessin, notre Croqueuse Véronique soudain s’arrête et nous montrent les feuillages, surexcitée. « Promis, je vous jure, c’était des perroquets verts ! Je les ai reconnus, j’en ai vus l’année dernière au Sri Lanka ! » Hum. Les trois autres Croqueuses, il faut l’avouer, restent songeuses. Voire perplexes. Il fait très chaud – et lourd, et moite – ce jour-là. Elles n’osent pas proposer à Véronique de se tenir à l’ombre et de boire un peu d’eau fraîche… quand tout-à-coup, un bruissement dans les arbres attire l’attention d’Aurélie. « Je les ai vus aussi ! C’est dingue ! Ils sont magnifiques ! » Ouf, Véronique se sent moins seule.

Quelques pas plus loin, l’endroit propice est trouvé. L’esplanade du Dinh vietnamien nous accueille avec son joli mur de briques et son urne funéraire en bronze, semblable paraît-il à celles du Palais Impérial de Hué. En face, une pagode rouge, qui tranche avec le vert vif des bambous. Et au milieu, un escalier flanqué de deux gros dragons pas commodes. Voilà, on y est. L’inspiration est là. On s’assoit et on croque, dans une quiétude tropicale intense, jusqu’à totale inanition… sans oublier de faire, évidemment, quelques pitreries pour la galerie !

{ Infos Pratiques }

Le Jardin d’Agronomie Tropicale est au n°45 bis de l’avenue de la Belle-Gabrielle, Paris 12ème. RER Nogent sur Marne (ligne A – direction Boissy-Saint-Léger / La Varenne) puis 10 minutes à pied. Il est ou­vert tous les jours à partir de 9h30 ; l’heure de fermeture dépend des saisons…

Exposition Guernica  { Musée Picasso }

Exposition Guernica { Musée Picasso }

Mardi 10 avril, Les Croqueuses de Paris étaient invitées par le Musée Picasso à une « visite privée » de l’Exposition Guernica. Toutes ne pouvant se libérer pour l’occasion, Véronique et Aurélie se sont portées volontaires – Ô que oui ! – et ont été conquises par les commentaires passionnants d’Emilia Philippot, l’une des commissaires de l’exposition.

« Non, la peinture n’est pas faite pour décorer les appartements, c’est un instrument de guerre offensive et défensive contre l’ennemi. » Picasso

EXPOSITION (sans) GUERNICA ?

Cette première information (l’absence de l’œuvre originale, pour des raisons de conservation) peut surprendre, voire décevoir et dissuader certains visiteurs potentiels. Sachez que ce serait vraiment dommage. Car le sujet de l’Exposition Guernica dépasse largement le tableau. C’est même très exactement cela, le sujet : le fait qu’une œuvre d’art soit autant « sortie de son cadre » pour devenir autre chose, d’encore plus grand. D’abord un témoignage révolté, puis un outil de propagande et enfin ce symbole universel dont d’autres artistes s’emparent sans cesse depuis. C’est cette mise en perspective qui fait tout l’intérêt de l’exposition.

GENÈSE & INFLUENCE

Par ailleurs, si LE chef-d’œuvre n’est pas là, vous aurez sous les yeux de nombreux autres trésors (esquisses et « post-scriptums ») habituellement conservés avec lui au Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía de Madrid. Vous verrez aussi, grâce aux Archives Nationales de France, un bel ensemble d’affiches des Brigades internationales et des photographies terribles de la Guerre civile. Vous pourrez voir également la maquette du Pavillon de l’Exposition de 1937 pour laquelle il fut commandé, ainsi que de très nombreux documents témoignant de l’influence, toujours croissante, de Guernica au fil des décennies.

GUERNICA AUJOURD’HUI

Outre la genèse passionnante et très documentée de l’œuvre – dont on peut suivre l’évolution par les yeux de Dora Maar, photographe et compagne d’alors – c’est sans doute la découverte d’artistes contemporains s’étant emparés de sa valeur symbolique, pour la réinterpréter à leur tour, qui nous a finalement le plus intéressées. Ainsi croiserez-vous des peintures d’Antonio Saura (1959), Tatjana Doll (2009), Equipo Crónica (1969) et Art & Language (1980), un fusain géant de Robert Longo ou encore des gravures sur bois signées Agustín Ibarrola et Damien Deroubaix. Superbes !

MISSION (presque) ACCOMPLIE !

Les Croqueuses remercient bien sûr le Musée Picasso, et notamment Ingrid Wlazlo, pour son invitation très généreuse. En effectif réduit et très attentives aux commentaires de la commissaire, nous n’avons que peu croqué – l’une s’occupant à la fois du film et des photographies, l’autre jonglant entre carnets de notes et de dessin… Tout un art ! Sans compter qu’après la visite, nous avons pu nous entretenir en « têtes à tête » avec Emilia Philippot : @ suivre !

{ Infos Pratiques }

Le musée est ouvert tous les jours du mardi au vendredi de 10h30 à 18h et les samedi, dimanche et jours fériés (sauf 25 décembre, 1er janvier et 1er mai) de 9h30 à 18h. L’exposition sera visible jusqu’au 29 juillet. Le détail des tarifs est ici.

À Paris, on connaît la Musique !

À Paris, on connaît la Musique !

Après cette matinée si agréable, passée à croquer le Pavillon des Canaux, il a bien fallu sortir sous la pluie ! Heureusement, nous n’allions pas très loin : une station de métro (ligne 5, Porte de Pantin) et hop ! nous poussions déjà les portes de la Philharmonie. Au programme, une visite des collections permanentes.

L’épiderme étonnant, métallique et rutilant, de cette architecture luit doucement, comme en sourdine, sous la pluie. Mais… ses écailles de poisson géant, de dragon peut-être, n’évoquent-elles pas plutôt des oiseaux en plein vol, élégamment imbriqués, à la manière d’un fascinant dessinateur néerlandais ? La question reste posée

Dès l’entrée, Les Croqueuses sont priées de montrer patte blanche. En échange, nous obtenons un joli badge autocollant : nous voilà donc officiellement autorisées à dessiner dans les salles du musée. Ce petit contre-temps administratif passé, nous partons en voyage dans le temps (de – 5000 à aujourd’hui) et autour de la planète (de Saint-Omer à Bucaramanga, d’Izmir à Katmandou, en passant par Madagascar).

Chacune d’entre nous trouvera son modèle idéal : têtes de violes sculptées d’Edward Lewis (luthier anglais du 18ème siècle) pour Anne, trompette de théâtre signée Adolphe Edouard Sax (fils de l’inventeur du saxophone, 1884) pour Fabienne, métallophone khong mon klang de Thaïlande pour Véronique, tambours de Côte d’Ivoire et du Congo pour Aurélie, vièle à pique d’Iran (14ème siècle) pour Jeanne, notre invitée… Quel orchestre !

Pourtant, le silence règne en maître dans les salles du musée. D’habitude certains instruments y prennent vie, entre les mains de musiciens experts. Hélas aujourd’hui, personne : pas de chance, Les Croqueuses… Heureusement qu’il y a les « visites contées » avec ses petits groupes d’enfants rieurs qui écoutent, passionnés, des histoires musicales du monde entier !

Mais, voilà qu’après ces heures passées à dessiner, ce sont bientôt nos estomacs qui se mettent à chanter. Nous cherchons un café où « croquer » d’autres choses que trompettes et tambours. Nous n’avons pas prévu le coup ; il faut improviser. Dans ce quartier anciennement dédié à la boucherie, nous tombons soudain nez à nez avec TonTon Jaurès. Bienheureux hasard ! Une large table de ferme y attend notre joyeux bazar – crayons, boites d’aquarelle et carnets. Quant à la carte, sa palette nous convient : tartare de bœuf ou de saumon, salade florentine, frites maison…

Cette belle journée entre amies françaises et américaine se conclura sur une jolie note gustative, délicieuse « surprise du chef ». Alors qu’un parfum prometteur s’échappe de la cuisine, Les Croqueuses – curieuses et gourmandes comme elles sont – veulent savoir de quoi il s’agit. On nous apporte une corbeille : du popcorn au beurre d’escargot ! Amusant non, ce mariage entre nos cultures ? Amusant et bon : merci TonTon !

Le Paris de Jeanne

Le Paris de Jeanne

Vous l’avez aperçue ici, dessinant dans la baignoire la plus célèbre de Paris, et nous avions promis de vous la présenter : l’illustratrice Jeanne de Sainte-Marie, une « Parisienne franco-américaine » – comme elle-même se définit. D’ailleurs, laissons-lui la parole…

{ Interview }

J’ai grandi aux États-Unis dans la région des Grands Lacs, mais je suis devenue une Parisienne invétérée — addicte à ses toits de zinc, à sa Tour Eiffel scintillante et au charme de ses jardins. Addicte aussi à toutes les sorties culturelles, flâneries que cette ville peut m’offrir.

Mes parents, d’ascendance québécoise, prononçaient mon prénom et nom Jeanne Belanger à la française. L’influence du français et le désir d’une vie artistique m’attiraient vers Paris. Après des études de peinture et de design textile à l’Université de Michigan, puis à l’École des Arts Décoratifs de Paris, j’ai travaillé comme designer de couleurs et matières dans l’industrie automobile à Detroit d’abord et chez Renault ensuite.

Paris, la ville de l’amour, a frappé ! J’ai épousé un Français et nous avons eu deux garçons. Quand nos enfants étaient petits, je me souvenais de ma propre enfance et des merveilleux moyens d’évasion qu’étaient les livres illustrés. J’ai eu envie de devenir écrivain et illustratrice à mon tour…

J’ai illustré des livres pour enfants, des cartes postales, des calendriers, des textes pour la presse jeunesse et réalisé de nombreux carnets de voyage. Je participe à des expositions des deux côtés de l’Atlantique – à Paris, quelques unes de mes œuvres ont même été achetées par la Bibliothèque Forney !

Il y a tant d’endroits que j’aurais voulu partager avec Les Croqueuses ! D’ailleurs, nous avons longuement échangé sur les idées de sorties. Certains lieux qui me sont très chers avaient déjà été croqués par le quatuor… et j’ai pensé au thème de la musique. Celui-ci me semblait propice car, comme le dessin, la musique est un langage de création, ouvert sur toutes les cultures. Et ces Croqueuses, je le sais, sont avides de voyages…

Quant à moi, je vais souvent écouter les concerts et les spectacles musicaux à Paris, avec mon mari et mes amis. Nous sommes déjà fans de la nouvelle grande salle de la Philharmonie. Il m’arrive de dessiner les musiciens en action pendant un concert, tout en écoutant. Leurs prouesses me fascinent. Les instruments aussi. Beaux ou insolites, j’admire le travail des artisans qui les ont façonnés. Finalement, nous avons décidé de découvrir ensemble la Cité de la Musique, dans le quartier de la Villette.

Nous aurions pu dessiner la Grande Halle. Ou, plus modernes, la Cité des Sciences, la Géode ou la Philharmonie… Hélas, la météo ne s’annonçait pas assez bonne pour dessiner en plein air. Quand Aurélie nous a suggéré le Pavillon des Canaux, nous avons toutes dit YES!  Leur site montrait un lieu de partage et de gourmandises, coloré, cosy et fun. Parfait pour nous !

PS : Je trouve très amusant que le verbe « croquer » veuille dire « manger » et « dessiner » en même temps ! Paris est un festin où l’on peut « croquer » les délices aussi bien visuels que culinaires.

Jeanne B. de Sainte-Marie

Mais, au fait… Pourquoi l’avoir choisie, elle ? (Et comment la connaissions-nous ?) Parce que Jeanne vient tout juste de terminer les (superbes !) illustrations d’un album jeunesse, à paraître à l’automne aux États-Unis, entièrement dédié à Paris… Marielle in Paris, aux éditions Pomegranate.

{ Résumé }

Le texte, écrit par Maxine Rose Schur, raconte les aventures de Marielle, petite souris parisienne. Créatrice de mode, elle reçoit un jour une commande importante. Elle doit créer neuf robes, toutes différentes et originales, pour l’anniversaire des neuf filles d’une cliente élégante – Bérénice, Babette, Belle, Bernadette, Blanche, Blondelle, Brie, Brigitte et Béatrice.

Où trouver l’inspiration ? Marielle sillonne la ville à la recherche de nouvelles idées. Sera-t-elle capable de livrer les robes à temps ? D’autant qu’un coup de vent s’en mêle et ruine tout son travail ! Heureusement, son ami Pierre le pigeon peut l’aider… à condition que Marielle surmonte sa peur des hauteurs et accepte un vol périlleux au-dessus de Paris !

Et par ailleurs, trois des Croqueuses connaissaient Jeanne depuis juillet 2013 et la Biennale de Brioude, où elle exposait A Word’s a Bird tandis que nous croquions (déjà !) la capitale… estivale de l’aquarelle ! 😉

Depuis, nous nous sommes retrouvées régulièrement pour aller visiter telle ou telle exposition parisienne – celle-ci notamment. C’est toujours un grand plaisir de partager du temps avec elle, voilà pourquoi l’inviter à venir croquer avec nous relevait de la pure évidence !

 

Paris est un Jardin Coréen

Paris est un Jardin Coréen

Où croquer pour profiter de l’automne ? Dans un jardin, bien sûr. Malgré le ciel repeint en gris par les nuages, les feuillages y flamboient. Et puisque Paris est un monde, nous décidons de partir en Corée.

Ce jardin se trouve au cœur d’un autre. Poétique, il invite à la rêverie. On y entre par la «porte du Paradis» (Pisemun) et les eaux du «petit étang qui purifie le Cœur» (Sesimji) reflètent la silhouette d’un joli temple. Puis la «cour de l’Harmonie» s’ouvre sur «l’escalier Céleste» (Aeyangdan) menant à la «terrasse de la Lune» (월대, Woldae). Quant à la «porte de l’éternelle Jeunesse» (Bullomun), elle offre la santé à qui la franchira pour accéder au pavillon de méditation (죽우정, Jukujeong) dont les couleurs, traditionnelles et vives, interpellent celles de Buren à la Fondation Louis Vuitton.

Et c’est justement ce dialogue que notre invitée a choisi d’interpréter. Car oui, c’est une grande première : aujourd’hui Les Croqueuses de Paris dessinent à quatre, telles des mousquetaires du crayon ! L’idée de partager certaines de nos sorties avec d’autres artistes est née dès la formation de notre trio. Croquer la ville sur le vif ensemble, c’est un peu comme improviser pour des musiciens. De temps en temps, un nouvel instrumentiste se joint au groupe et fait le bœuf. Nous aimons l’échange, le collectif… et il y a tant de croqueurs de talent ! Alors, voici la première d’entre eux : l’aquarelliste Patricia Allais-Rabeux.

Aller chercher l’inspiration dans la rue. Un crayon, un papier, c’est aussi le moyen de prendre son temps, de respirer l’ambiance, de mémoriser l’impression de l’instant, et de le partager avec les personnes rencontrées. Les choses bougent vite, de sorte que la quête d’inspiration est à chaque déambulation renouvelée. Chaque promenade est unique. Mes aquarelles sont l’histoire de cette quête, d’une promenade où chaque humeur du temps offre un regard nouveau.

La technique de Patricia est très au point. Sur place, elle capte l’ambiance, glane des éléments, croque au stylo et prend quelques clichés. De retour à l’atelier, elle imprime ses photographies, les découpe et recompose avec elles une image idéale – patchwork sensible – de cet instant passé. Ensuite, elle dégaine ses pinceaux pour la fixer. (Elle écrit, aussi : lisez le post-scriptum !)

Partager cette déambulation créative au Jardin d’Acclimatation fut un pur bonheur pour nous toutes. Et dire que nous avons déjà nos trois invités suivants… Vivement la prochaine sortie !  🙂

{ POST-SCRIPTUM }

J’ai mal dormi, j’ai toussé et transpiré toute la nuit.

« Alors tu vas mieux ?

– Nooonnnnnn…

– Tu étais tellement contente d’aller faire cette journée, tu devrais rester au chaud… vu l’état où tu es.

– Nooonnnn !

Je me lève d’un coup, ma tête tourne. J’y vais c’est tout. J’embarque la sacoche du carnettiste, j’y ajoute les aspirines, le sirop et les mouchoirs. Ligne C du RER, c’est long quand tu renifles. Je n’ai pas faim, mais il faut que je prenne des forces, je fais la queue dans un resto rapide qui n’en a que le nom. Les Croqueuses de Paris sont déjà attablées. Cela me fait tellement plaisir de participer à cette journée, que je recouvre quelques forces. Un grand merci à elles trois de m’avoir invitée.

Le Jardin d’Acclimatation ressemble toujours à celui de mes souvenirs ; les manèges et autres bâtiments ont été repeints, mais ils ont conservé la même couleur, celle de mon enfance. Lorsque ma grand-mère m’emmenait voir les oiseaux et faire des tours de voitures. Je restais toujours bloquée devant cette pendule fleurie, à l’entrée. Je n’étais pas bien grande, elle me paraissait immense, et les couleurs vives des fleurs, la composition du jardinier m’hypnotisaient. Plus tard, j’y ai emmené mes filles, je les revois courir vers l’araignée géante. Nous y avons organisé des chasses au trésor et des pique-niques familiaux, bien arrosés, et très joyeux.

Aujourd’hui, avec les Croqueuses, je tente, malgré la tristesse du temps, de mettre des couleurs vives sur mon papier. La Fondation Louis Vuitton fait partie du paysage, elle se voit de partout, mais je trouve ses formes et couleurs tout à fait en harmonie avec le lieu. J’aime bien cet anachronisme entre architecture moderne et jardins.

Patricia Allais-Rabeux

La Campagne est à Paris !

La Campagne est à Paris !

Après notre balade au cimetière, nous filons à « La Campagne » – et ça tombe bien, c’est tout près ! Suffit de sortir côté Place Gambetta, de descendre la rue Belgrand (du nom de l’inventeur des égouts de Paris) direction Porte de Bagnolet. Au bout, remonter la rue Géo Chavez (aventurier malheureux de l’aéronautique) sur quelques mètres : un escalier digne de ses cousins montmartrois s’offre à vos petits mollets. Allez, encore un effort, ce que vous allez découvrir là-haut vaut le coup.

Le quartier de « La Campagne à Paris » est située sur une ancienne carrière de gypse, comblée par les gravats des percées haussmaniennes. Sur l’impulsion du pasteur Sully Lombard, un lotissement coopératif de 92 pavillons y a poussé entre 1908 et 1928. Il s’agissait alors de permettre aux ménages à revenu modeste d’accéder à la propriété – mieux vaut ne pas penser au prix de ces maisons désormais…

Mais, puisque flâner le nez en l’air dans ces rues hors du temps ne coûte rien, ne boudons pas notre plaisir et sortons nos crayons. D’ailleurs, les riverains que nous y croiserons se montreront fort sympathiques à notre égard, l’une d’entre eux nous offrant même, sous ce soleil cuisant, chacune un verre de menthe à l’eau glacée ! Elle est pas belle, la vie de Croqueuse de Paris ?